dayfly – DEAN ft Sulli & Rad Museum

dayfly – DEAN ft Sulli & Rad Museum

Sorti il y a un peu moins de deux mois, dayfly le dernier MV de Dean rejoint la catégorie de ces œuvres qui intriguent autant qu’elles fascinent – Retour sur une métaphore du sentiment de vide induit par une addiction aux relations d’un soir:

Dean a plusieurs fois partagé son admiration non contenue pour le cinéma et peut être plus précisément pour la scénarisation. C’est un fait prégnant dans l’univers de l’artiste qu’il avait déjà concrétisé avec son album 130 Mood : TRBL dont le fil conducteur était l’histoire d’une relation qui éclot dans la passion pour faner dans la distance.

Néanmoins l’artiste aussi connu sous le nom de Deantrbl n’a pas souhaité s’en tenir là et a vraisemblablement décidé d’approfondir cette inspiration de l’écriture cinématographique pour son album à venir. Il a en effet confié en interview qu’il avait littéralement écrit un scénario pour son prochain album en étape préalable à la composition des morceaux.

Résultat, la dimension métaphorique est très forte dans les dernières réalisations de l’artiste tant dans instagram que dayfly en collaboration avec Sulli et son ami Rad Museum à ses côtés dans le collectif you.will.knovv. Cela prend d’autant plus sens que Dean a d’ailleurs précisé qu’il avait écrit pas moins de 5 scripts avant de se lancer dans la réalisation du clip de dayfly.

Avec dayfly c’est donc le tabou coréen de la sexualité et plus particulièrement des aventures d’un soir que l’artiste a décidé d’aborder. Et plus précisément ce sentiment de vide après l’acte, un sentiment qui ne dissuade néanmoins pas de recommencer inlassablement, telle une addiction.

Aussi le propos de cet article est de voir comment les paroles et la narration de l’image rendent compte de cela, ou du moins l’une des interprétations possibles.

 

Une aventures sans lendemain pour se sentir vivant

Dans une story Instagram, Dean a donné une sorte de mode d’emploi pour appréhender le sens du MV de dayfly. Regarder le prologue puis le MV.

Crédit : @deansintro

Qu’apprenons-nous de ce prologue ?

A première vue pas grand-chose. On y voit Dean jouer à un jeu de course rétro. Il est pris dans sa partie puis met pause tout à coup. Son téléphone vibre, il répond à un appel.

Cette configuration, on la retrouve également à la fin du MV de dayfly, où l’on peut voir l’écran pause du jeu. Au vu de la thématique de la chanson et de points qui seront détaillés par la suite, une piste d’interprétation serait que le personnage incarné par Dean a mis sa partie en pause pour répondre à un appel de son coup d’un soir.  

Ce coup d’un soir restera finalement toujours sans visage, une entité inconnue, les allusions les plus explicites étant les plans sur des corps relativement dénudés du trailer.

Ce choix de l’anonymat n’est sûrement pas qu’un hasard, mais revêt bien un sens scénaristique puisque dans les paroles de la chanson on comprend très clairement que finalement, s’il faut être deux pour un rapport d’un soir, l’identité de l’autre importe peu. Ce que l’on recherche avant tout c’est l’assouvissement d’un désir que l’on pourrait qualifier d’égoïste.

Et de fait, la chanson s’ouvre littéralement sur ce point :

“You’re filled in my eyes as they just naturally opened up,

Oh oh who is it,

No need to say

One thing more important is

That we’re alive like this”

~

« Tu es la première chose que j’aperçois/tu envahis ma vision alors que mes yeux se sont tout juste ouvert naturellement

Oh oh qui est-ce ?

Pas besoin de le dire

Une chose plus importante est

Qu’ainsi nous sommes vivants. »

Dans le rapport d’un soir le personnage est finalement plus à la poursuite d’une sensation, la volonté de se sentir vivant, que d’un véritable échange humain. Et finalement il semblerait que ce soit pareil pour tout le monde, comme le laisse penser le 1er couplet de Rad Museum :

“Wandering around Night Street

You’re looking for one night

What feeling do you have standing in front of me

Can’t you just tell me all

Your heart is so different

It’s all the same by this time”

~

« Errant dans la rue à la nuit tombée,

Tu es à la recherche d’une nuit

Que sentiment ressens-tu là debout devant moi

Ne peux tu pas tout simplement tout me confier

Ton cœur est si différent

Au point où l’on en est cela revient au même/tout est pareil »

Cette personne inconnue cherchait elle aussi quelqu’un au hasard de la nuit, et s’il y a un échange physique entre les personnages, l’autre reste finalement un mystère complet pour le protagoniste principal, un mystère qui ne se dévoilera jamais comme ce fut déjà le cas lors des aventures précédentes finalement.

Encore une fois, pour le protagoniste le seul but du coup d’un soir est de se sentir vivant.

L’aventure d’un soir, une réalité paradoxale

Outre ce besoin de se sentir vivant, les paroles laissent penser qu’il y aurait peut-être une raison plus concrète expliquant le comportement actuel du protagoniste. Ou plutôt un événement et plus précisément ce qui semble être une déception amoureuse.

Dean explique que :

“Nothing is for certain

In every relationship

Even if it’s coincidence

I’ll be the one getting hurt”

~

« Rien n’est certain

Dans chaque relation

Même si ce n’est qu’une coïncidence

Je serai immanquablement celui qui finira par souffrir. »

Ce à quoi Rad Museum ajoute :

“I don’t want nothing

From this day on

In one single day

We’re saying farewell”

~

« Je ne veux pas rien,

A partir de ce jour,

Le temps d’une seule journée,

Nous nous disons adieu »

Le personnage semble penser que les relations avec engagement seront immanquablement une source de souffrance, aussi il a pris la décision ferme de ne donner exclusivement que dans les relations limitées au rapport charnel. A partir de ce jour, ses relations ne dureront que le temps d’une journée. Une journée comme la durée de vie de l’éphémère, un insecte dont le nom se traduit par mayfly ou dayfly en anglais.

Néanmoins, malgré cette décision ferme, il y a une sorte de double discours dans les paroles qui mettent en lumière un certain paradoxe.

On retrouve en effet une sorte de gêne, d’inconfort, d’amertume, de culpabilité presque. D’abord dans les paroles, notamment le premier couplet de Dean :

“Leaving aside the clothes full of unfamiliar scent,

Though washing away the memory of yesterday

It keeps coming back as I’m forgotten

Hiding behind a downright excuse

Asking and asking over and over

Am I the bad one

Am I the sick one”

~

« Mettant de côté les vêtements imprégnés d’une odeur inconnue

Bien que je m’efforce d’effacer le souvenir d’hier,

Il ne cesse de revenir alors que je suis oublié (par l’autre personne)

Me réfugiant derrière une flagrante excuse,

Me demandant inlassablement

Suis-je le mauvais

Suis-je le malade »

Ce rapport impersonnel, presque mécanique dérange le personnage, il ressent une certaine détresse. Alors qu’à peine après l’avoir quitté l’autre est déjà en train de l’oublier, malgré ses efforts lui n’arrive pas à faire preuve d’autant de détachement et il en vient à se questionner sur la vertu de ses actes.

Les phrases « Am I the bad one, Am I the sick one » rendent compte par certains aspects d’un jugement de valeur. On est toujours le mauvais par rapport à quelqu’un d’autre, le malade par rapport à une norme. Cette culpabilité que ressent le personnage vient donc peut être aussi du poids de la société dans lequel il évolue, son comportement ne correspond pas à la morale établie ce qui prend particulièrement sens si l’on replace cette œuvre dans le contexte de la Corée du sud où les relations sexuelles sont un sujet que l’on évoque peu publiquement.

 

La prison de l’addiction

L’addiction est un thème récurrent chez Dean en ce moment. Instagram déjà avait pour thématique de fond l’addiction au réseau social éponyme tandis que dayfly se concentre sur l’addiction aux coups d’un soir.

Les paroles analysées précédemment laissaient croire que si le protagoniste s’était mis aux aventures sans lendemain, c’était en premier lieu pour reprendre le contrôle, ne plus avoir à subir la souffrance des relations. 

Mais finalement, en voulant fuir cette possibilité, il s’est enfermé dans une pratique qui est littéralement devenue addictive, elle est devenue indispensable.

Entre autres alors que le refrain chanté par Sulli se conclu par la phrase « One thing more important is we’re alive like this // Une chose plus importante est qu’ainsi nous sommes vivants », lorsque Dean le reprend avant le couplet final, il termine sur la nuance « One thing more important is that we live like this // Une chose plus important est que nous vivons ainsi »

C’est un peu dur d’en rendre compte en français, mais la variation de Dean semble plus forte. On n’est plus sur le simple fait de se sentir vivant grâce à l’acte mais l’acte devient indispensable à la vie. Cela peut également être compris comme le fait que cela devient un véritable mode de vie. Dans tous les cas le sens en reste plus fort.

Et de fait cela permet de mieux comprendre le couplet final :

“I’m weak to face the reality

Trying to look away but it’s no good,

On the edge of the day repeating endlessly

I was closer to being dead

The truth only hurts

When sweet lie touches my skin

I’ll live this day again just like that

As the nameless night is locked up yeah

As the night is locked up yeah”

~

« Je suis trop faible pour faire face à la réalité

Essayant de détourner les yeux mais ce n’est pas bien

Sur la fin du jour se répétant inlassablement

J’étais plus près de la mort

La vérité n’est que douloureuse

Quand un doux mensonge effleure ma peau

Je revivrai de nouveau ce jour juste comme ça

Tandis/Alors que la nuit sans nom est enfouie –

Tandis que la nuit est enfouie »

Le personnage sent que son comportement n’est pas ce qui est le mieux pour lui, alors il choisit consciemment de détourner le regard. Même si ce choix est nocif, la réalité est trop dure à supporter tandis qu’il est plus agréable de se complaire dans la chair, les coups d’un soir (when a sweet lie touches my skin), une sorte de bonheur artificiel. Il choisit donc délibérément de vivre dans une illusion et d’enchainer inlassablement les partenaires

Ce dernier point n’est autre que tout le propos du MV qui prend maintenant un tout autre sens.

 

Une mise en scène métaphorique

Dean a récemment mis à jour une grande partie de la signification derrière le MV

“Let’s think that the person is a character from a 16bit game, if you look at an old racing game, the character can only move in a certain way.

The character is a person who can only do repeated acts, to move to a same route

The car is the spot where the character returns when the game is over

So the person in the game has to do the same thing again if they return to the car

The situation won’t change whether he burn or smash the car

I wanted to show that situation of person who can’t escape from doing the same thing

The emptiness from one night stand, regretting but doing the same thing again

A human has a stupid mind and they repeat the same mistakes

~

« Imaginons que le protagoniste soit un personnage tiré d’un jeu en 16bit (les jeux retro), dans les vieux jeux de courses le personnage ne peut bouger que d’une certaine façon.

Le personnage est une personne qui ne peut réaliser que certaines actions en répétition, bouger selon un même pattern.

La voiture est le point où le personnage retourne lorsque la partie est terminée. Du coup le personnage dans le jeu est contraint de faire la même chose si il/elle retourne à la voiture. La situation ne va pas changer qu’il brûle ou fracasse la voiture.

Je voulais montrer une situation d’une personne qui ne peut échapper au fait de faire la même chose. Le vide des aventures d’un soir, regretter mais néanmoins refaire la même chose. Un humain a un esprit stupide et ils répètent les mêmes erreurs. »

Dean for sellev.

Ce « point » qu’évoque Dean, la voiture donc, peut être vu comme la métaphore du coup d’un soir. Les caméras que l’on voit voler (et qui sont peut-être aussi présentes sur le jeu rétro, l’espèce de rond blanc Cf photos ci-dessous) étant elles alors une possible métaphore que ce que l’on est en train de voir est le produit de l’inconscient du personnage. Le clip serait plus généralement une métaphore de l’introspection du personnage.

Et là encore, comme avec les paroles du morceau, le protagoniste semble passer par plusieurs phases. On remarque que le MV s’ouvre sur Dean sortant de la voiture. Dans un premier temps, tous les acteurs présents dans le champ sont calmes. Tandis que Dean chante on peut voir les autres dont Rad Museum jouaient aux cartes. Mais ce calme n’est que précaire puisqu’ils se mettent soudainement à fracasser la voiture à coup de masses.

 

Le sens le plus évident est que dans un premier temps le personnage ne voit aucun problème avec les coups d’un soir, il profite juste du moment et cela correspond donc aux personnages jouant aux tranquillement aux cartes. Mais peu à peu comme on l’a vu un sentiment de culpabilité et d’inconfort va saisir le protagoniste qui va remettre en question cette pratique et va donc essayer d’arrêter. Ici la pratique des aventures d’un soir est donc symbolisé par la voiture. La volonté de vouloir arrêter se traduit par conséquent par le fait d’essayer de la détruire.

Néanmoins, cette tentative de destruction ne débute pas à n’importe quel moment des paroles. Le MV change en effet d’ambiance lors du second refrain de Dean, celui où il fait part de sa peur de souffrir dans une relation. Et de fait on peut y voir une seconde lecture.

Comme cette destruction commence au moment où Dean confie sa défiance des relations avec engagement, c’est comme si le protagoniste scellait en quelque sorte son destin. A partir du moment où le personnage exprime sa défiance, il ne pourra plus jamais se sortir de ce cycle sans fin des coups d’un soir. Son mental le condamne à s’enfermer dans les coups d’un soir et cette résolution est tellement forte qu’il ne pourra plus s’en détacher

Que ce soit par le feu ou la violence physique, cette voiture résiste et le protagoniste incarné par Dean ne cesse de réapparaitre dedans. Réapparaitre car les jeux de caméras sont tels que l’on ne voit jamais s’il rentre dans la voiture de son plein grès ou s’il y apparait tout simplement.

 

Après que les autres acteurs et notamment Rad Museum aient tenté de mettre feu à la voiture, Dean se retrouve d’ailleurs de nouveau dedans, et on constate un frappant contraste entre la voiture prise par les flammes et Dean qui est presque apathique dans celle-ci. On peut éventuellement y voir une métaphore de la lassitude du personnage qui ne profite même plus vraiment de l’aspect torride (représenté donc par les flammes) de ces échanges charnels, mécaniquement il subit le moment.

Juste avant cet extrait on peut également déceler une autre métaphore sur le passage où les personnages se « brouillent », sont presque cryptés. On peut y voir au moins deux sens. D’abord une métaphore filée de l’univers des jeux vidéo puisque c’est comme un bug informatique, tout comme le passage avec les sortes de lunettes ou le system error (voir images). Le second serait tout simplement celui de la confusion des personnages, de leur aliénation. Ils n’existent plus en tant qu’entité guidée par une volonté propre mais sont littéralement dominé par ce désir. Cela prendrait d’autant plus sens que cette mise en scène intervient au moment où Dean chante la nuance du « One thing more important is that we live like this ».

Une addiction telle qu’elle conduit à l’aliénation du protagoniste

On l’a vu donc, les personnages tentent d’abord de fracasser la voiture puis de la mettre en feu. Sur cet énième échec, il y a une rupture dans la mélodie avec un bruit d’interrupteur ou de briquet. La scène est de nuit et Dean semble se réveiller en panique dans la voiture. Dans un dernier élan, il allume la lumière du toit intérieur de la voiture et tente de faire de même avec la radio. Mais alors que le panneau de contrôle s’éclaire, l’environnement s’assombrit et le spectateur voit apparaître le fameux system error, files corrupted.

Là encore on peut y voir une métaphore d’un personnage qui essaie de reprendre le contrôle, cette fois de l’intérieur, en vain.

Le personnage est de nouveau crypté puis disparait puis on le retrouve dans un tout autre cadre. La mélodie reprend et on assiste alors à une scène à la dimension fantasmagorique qui rend compte de toute l’étendue du tourment du personnage.

Mais surtout, cette scène et ces plans ne sont pas sans rappeler ceux du MV d’instagram où l’on retrouvait également des plans d’eau et cela n’est pas qu’un hasard.

Dans une des interviews précédemment évoquée, Dean explique effectivement que

“Ocean and water were the main keywords while working on the Instagram music video

Falling into thoughts, lost in thoughts

Thoughts come to mind

I thought all of these expressions are related to water

Overwhelmed but in the end you are still alone at the same spot”

~

« L’océan et l’eau étaient les principaux mots clés lorsque l’on travaillait sur le MV d’instagram

Tomber dans ses pensées, se perdre dans ses pensées

Des pensées venant à l’esprit

J’ai pensé toutes ces expressions étaient reliées à l’eau

Tu es submergé (n.d : par les informations sur Instagram) mais à la fin tu es toujours seul au même endroit »

Dean for sellev.

 

L’eau était donc une métaphore d’un personnage submergé par l’information des réseaux sociaux, mais par ses pensées aussi, et ici on peut également y voir un sentiment de détresse, et, avec le cryptage informatique, d’aliénation également. Le personnage est perdu dans cette pratique des coups d’un soir qu’il ne peut échapper mais qui est en même temps cause de tourment. On le voit se débattre dans l’eau, il est tiraillé par différentes forces contraires ce qui résonne particulièrement avec le couplet final précédemment évoqué.

Le personnage a beau être tourmenté, il revient néanmoins toujours à la voiture, aux aventures d’un soir. Comme dans les paroles du couplet final, il est résolu à continuer, à répéter la même erreur pour reprendre les mots de Dean.

Cette analyse peut encore une fois être vue dans la réalisation du MV. Après les plans d’eau on retrouve Dean dans la voiture tandis que le paysage disparait peu à peu pour ne laisser que la voiture. Ici il y a donc encore une référence à l’imagerie des jeux vidéo, mais si l’on reste sur le principe que toute cette mise en scène était une sorte de métaphore de l’inconscient du personnage alors finalement la seule chose qui reste n’est encore que cette voiture, les aventures d’un soir. Quoi qu’il fasse, on revient toujours à cette voiture, le reste est superflu, contribuant à l’illusion de liberté.

Enfin, sur le plan final, la métaphore introspective prend fin et l’on retourne à la réalité d’un personnage qui vient de mettre en pause sa partie pour répondre à l’appel de la chair.

 

Et vous, qu’avez vous pensez la première fois que vous avez vu ce MV, comment l’aviez-vous interprété ? 

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